
Carnet de voyage
Depuis 2020, ma pratique de la photographie urbex m'a conduit à explorer des lieux abandonnés dans plusieurs pays d'Europe. Chaque destination possède son histoire, son architecture et sa propre manière de laisser le temps reprendre ses droits.
Ce carnet de voyage rassemble mes expériences d'exploration urbaine, pays par pays, à travers mes récits et une sélection de photographies réalisées au fil de mes voyages. Par respect pour les lieux et leur préservation, aucune adresse ni localisation précise n'est dévoilée.
01
Suisse
La Suisse n’est pas, à première vue, un terrain d’exploration évident. Peu de lieux abandonnés, peu de vestiges visibles, un territoire entretenu et surveillé. Pourtant, en cherchant au-delà des apparences, il subsiste des traces d’un passé discret. Quelques hôtels oubliés, souvenirs d’un âge d’or touristique quelque peu révolu, des infrastructures liées à la montagne, à l’industrie ou à la défense, parfois dissimulées dans le paysage. Plus rarement encore, d’anciennes mines ou carrières rappellent une activité aujourd’hui éteinte. Ces lieux, rares et souvent difficiles d’accès, racontent une autre facette du pays, plus silencieuse, mais tout aussi chargée d’histoire.

De par ses principes de propreté et d'ordre, la Suisse n'a pas vraiment l'art de laisser les choses dépérir. Est-ce parce que le mètre carré y est cher, parce que le territoire est restreint ou simplement parce que les terrains trouvent rapidement une nouvelle utilité ? Difficile à dire. Le fait est que les lieux réellement abandonnés y sont relativement rares et, lorsqu'ils existent, ils ne le restent souvent pas très longtemps. Au fil de mes explorations, j'y ai surtout découvert de petites maisons, quelques hôtels et, plus rarement, des bâtiments industriels. Ces derniers sont généralement dans un état particulièrement avancé de dégradation. La partie italophone offre toutefois une atmosphère assez différente : l'architecture, les couleurs et certaines constructions se rapprochent naturellement davantage de ce que l'on peut rencontrer de l'autre côté de la frontière italienne. Explorer en Suisse présente aussi une particularité : les lieux, même abandonnés, restent souvent sous l'œil attentif du voisinage. De nature plutôt vigilante et soucieuse de ce qui l'entoure, la population aura facilement tendance à signaler une présence inhabituelle ou à venir voir ce qu’il se passe. Les explorateurs sont donc rarement totalement invisibles. Tout cela rend l'urbex en Suisse plus compliqué qu'ailleurs. Les lieux sont moins nombreux, plus surveillés et disparaissent parfois rapidement au profit d'une rénovation ou d'une démolition. C'est peut-être justement cette rareté qui rend chaque découverte suisse un peu plus particulière.






02
France
Elle occupe une place essentielle dans mon parcours, tant la richesse de son patrimoine offre un terrain d’exploration inépuisable. Des manoirs discrets aux vastes complexes industriels, chaque région révèle une architecture marquée par le savoir-faire et l’ambition de son époque. Ici, les lieux ne se contentent pas de témoigner du passé : ils racontent une histoire de transmission, de travail et de savoir-faire. Entre pierres patinées et structures monumentales, ces sites portent encore la mémoire d’un pays façonné par l’ingéniosité humaine, invitant à regarder autrement ce qui subsiste, souvent à l’écart des regards.
La France offre un visage très différent en matière d’exploration. Au fil de mes visites, trois grandes catégories de lieux se détachent particulièrement : les châteaux, les manoirs et les sites industriels. Des univers très différents, mais qui ont souvent un point commun : une fois la porte franchie, il reste encore beaucoup à découvrir. Dans les demeures abandonnées, les pièces sont parfois étonnamment bien conservées. Meubles, tableaux, vaisselle, objets de décoration ou souvenirs d’une autre époque semblent avoir été laissés sur place. L’architecture y est souvent élégante, parfois même imposante, avec de beaux escaliers, des boiseries, des cheminées travaillées ou des plafonds richement décorés. Certains endroits donnent presque l’impression que leurs occupants viennent seulement de partir. L’autre visage de l’abandon français est beaucoup plus industriel. Usines, manufactures et ateliers témoignent des profondes transformations économiques qu’a connues le pays. Avec les fermetures et les délocalisations, certaines entreprises ont cessé leur activité sans que leurs immenses bâtiments ne trouvent de nouvelle utilité. Le phénomène est particulièrement visible dans certaines vallées autrefois entièrement rythmées par l’industrie. Lorsque les emplois ont disparu, une partie de la population est partie à son tour. Il reste alors de grandes structures silencieuses, parfois entourées de villages qui semblent eux-mêmes avoir perdu une partie de leur activité. C’est probablement ce contraste qui caractérise le mieux mes explorations en France : d’un côté, l’élégance de demeures autrefois prestigieuses, encore remplies des traces de leurs occupants ; de l’autre, des géants industriels devenus inutiles. Deux formes d’abandon très différentes, mais qui racontent finalement la même chose : ce qu'il reste lorsque les hommes quittent les lieux et que le temps commence à reprendre possession des murs.





03
Allemagne
Je n’ai encore que peu d’expérience dans ce pays, avec seulement trois lieux explorés à ce jour, dont deux anciens hôtels situés côte à côte.

L’Allemagne est un pays où l’abandon reste profondément lié à l’Histoire. Les deux guerres mondiales, puis la Guerre froide et la division du pays, ont laissé derrière elles de nombreuses infrastructures aujourd’hui en friche. Autour de Berlin notamment, anciens complexes, casernes et installations militaires témoignent encore de ces différentes époques. Mon expérience de l’urbex allemand reste toutefois assez limitée. J’y ai principalement découvert deux hôtels majestueux, mais dans des états totalement opposés : l’un encore remarquablement préservé, l’autre tellement dégradé qu’il semblait proche de l’effondrement. L’Allemagne reste donc pour moi un territoire encore largement à découvrir, où les lieux abandonnés semblent souvent raconter une partie de l’histoire mouvementée du pays.






04
Italie
L’Italie est sans conteste mon terrain de jeu favori. Par son histoire et ses particularités géopolitiques, le pays a vu naître, parfois au détriment de sa population, de nombreux lieux aujourd’hui abandonnés. Il n’est pas rare d’y découvrir de vastes complexes industriels à l’arrêt, dont la fermeture a entraîné l’exode des habitants. Ces territoires offrent alors un terrain d’exploration unique, où hôpitaux, églises, usines et habitations coexistent, figés dans le temps au sein d’une même région.
L’Italie occupe une place particulière dans mes explorations. J’y retourne généralement cinq à six fois par année et, au fil des voyages, j’ai progressivement parcouru une grande partie de la moitié nord du pays, en descendant jusqu’aux environs de Rome. C’est probablement le territoire que j’ai le plus exploré après la France et, pourtant, j’ai toujours l’impression qu’il reste quelque chose à découvrir. Ce qui caractérise avant tout l’Italie, c’est l’incroyable diversité de ses lieux abandonnés. Villas majestueuses, palais, hôtels, églises, théâtres, hôpitaux, industries ou simples maisons de campagne : chaque région semble offrir une architecture, une atmosphère et une histoire différentes. Certains bâtiments sont presque entièrement vides, tandis que d’autres conservent encore leurs meubles, leurs décorations et parfois même les objets personnels de leurs anciens occupants. L’architecture y tient naturellement une place importante. Fresques, plafonds peints, escaliers monumentaux, colonnes, statues ou détails religieux transforment parfois une simple exploration en véritable découverte artistique. Même dans des bâtiments fortement dégradés, il subsiste souvent un élément capable de rappeler leur ancienne grandeur. C’est aussi un pays où l’abandon peut prendre des proportions surprenantes. Certaines propriétés semblent figées depuis des décennies, tandis que d’autres disparaissent progressivement sous la végétation et les effets du temps. Après autant de voyages, l’Italie reste pourtant imprévisible : derrière une façade parfois insignifiante peut encore se cacher l’un des plus beaux endroits que j’aurai eu la chance de photographier.





05
Belgique
La Belgique porte encore profondément les traces de son passé industriel. Entre structures métalliques démesurées, friches ouvrières et lieux plus inattendus, l’abandon y raconte souvent une époque où des régions entières vivaient au rythme des usines.

La Belgique a été, le temps d’un week-end, le théâtre de nouvelles découvertes. Longtemps marquée par une forte activité métallurgique qui a façonné ses paysages, ses villes et la vie de plusieurs générations, elle conserve encore aujourd’hui les traces imposantes de ce passé industriel. Au fil de mes explorations, j’y ai principalement découvert d’anciens sites industriels, mais également quelques lieux plus inattendus, offrant un visage différent de l’abandon belge. Le plus impressionnant d’entre eux restera sans doute le HFB, l’un des grands ensembles sidérurgiques du pays. Un véritable géant industriel dont une grande partie est aujourd’hui en cours de démantèlement, lorsqu’elle n’a pas déjà disparu. Parcourir ces installations permet de prendre conscience de l’échelle incroyable de cette industrie et de l’importance qu’elle a autrefois représentée pour toute une région. Cette exploration avait toutefois une dimension particulière. J’ai eu la chance de découvrir les lieux aux côtés d’un véritable «enfant du HFB», dont le père et le grand-père y avaient travaillé. Derrière les immenses structures métalliques, les machines et les bâtiments désertés apparaissait alors une histoire beaucoup plus humaine : celle de familles entières dont plusieurs générations ont vécu au rythme de l’usine. C’est probablement ce que je retiens le plus de mes explorations en Belgique. Au-delà de la beauté brute de ces friches, ces lieux racontent une époque où l’industrie ne façonnait pas seulement les paysages, mais également la vie de ceux qui habitaient autour. Leur disparition progressive marque ainsi la fin d’un paysage, mais aussi celle de toute une histoire ouvrière.






06
Portugal
Le Portugal offre un mélange étonnant entre exploration et voyage. En suivant la côte, les paysages changent constamment, entre océan, petites villes, reliefs et campagnes. Les lieux abandonnés y sont tout aussi variés et apparaissent parfois là où on les attend le moins. Une destination où la route et les découvertes font finalement autant partie de l’aventure que les explorations elles-mêmes.
Le Portugal, c’est avant tout le souvenir d’une semaine passée sur les routes, à parcourir une grande partie de la côte depuis le nord du pays jusqu’à Lisbonne. Un voyage rythmé par une vingtaine d’explorations, mais aussi par des paysages magnifiques qui donnaient parfois autant envie de s’arrêter que les lieux abandonnés eux-mêmes. Au fil des kilomètres, les découvertes se sont révélées particulièrement variées. D’anciens trains laissés sur leurs voies, des cimetières oubliés, des églises, des bâtiments militaires, quelques demeures et même une ancienne prison. Difficile finalement de résumer l’urbex portugais à un seul type de lieu tant chaque étape pouvait être différente de la précédente. C’est aussi ce que je retiens de ce voyage : cette impression de partir chaque matin sans vraiment savoir ce que la journée allait offrir. Une exploration presque itinérante, où les routes, l’océan et les paysages faisaient autant partie de l’aventure que les bâtiments abandonnés.





07
Géorgie
Une semaine n’aura pas suffi à découvrir toute la richesse du pays. Profondément marquée par son histoire et sa culture, la Géorgie nous a offert un patrimoine architectural d’une rare intensité. Ancienne nation du bloc soviétique, elle porte encore les traces de cette époque. Après le retrait des puissances soviétiques et l’accession à son indépendance au début des années 1990, de nombreux bâtiments sont peu à peu tombés en désuétude, laissant derrière eux un héritage aussi puissant que fragile.

La Géorgie a probablement été l’un de mes voyages les plus dépaysants. En un peu moins d’une semaine, j’ai eu l’occasion d’explorer une vingtaine de lieux. Une grande partie était constituée d’anciens sanatoriums et établissements thermaux hérités de l’époque soviétique, mais le voyage m’a réservé bien d’autres découvertes. Ces immenses complexes, autrefois destinés au repos et aux soins, impressionnent par leurs proportions : grands escaliers, colonnades, coupoles, salles de soins et longs couloirs desservant parfois des centaines de chambres. Certains sont aujourd’hui très dégradés, tandis que d’autres commencent progressivement à être rénovés. Mais l’exploration géorgienne ne s’est pas arrêtée là. Sur la route se sont ajoutés de petites maisons abandonnées, des bâtiments plus modestes, un ancien bunker et même un avion laissé sur place. Un contraste étonnant entre architecture monumentale et vestiges beaucoup plus insolites. C’est probablement ce mélange qui m’a le plus marqué : en Géorgie, je pouvais passer en quelques heures d’un immense palais soviétique à une petite maison oubliée, puis à une infrastructure militaire. Une diversité qui, associée aux paysages et à l’atmosphère du pays, a rendu cette semaine particulièrement dépaysante.






08
Irlande
En Irlande, les ruines semblent naturellement faire partie du paysage. Anciennes demeures, édifices religieux et murs de pierre disparaissent peu à peu sous une végétation omniprésente. Beaucoup de ces lieux portent encore les traces d’une histoire particulièrement mouvementée. Le tout s’intègre dans des paysages spectaculaires où l’abandon semble parfois présent depuis toujours.
L’Irlande a été un véritable coup de cœur. En une semaine passée sur les routes, j’ai pu découvrir une vingtaine de lieux abandonnés, mais aussi des paysages incroyables, des villages pleins de charme et cette atmosphère si particulière qui accompagne presque chaque kilomètre parcouru. Ici, l’urbex est intimement lié à l’histoire du pays. J’ai notamment exploré plusieurs anciennes « Big Houses », ces grandes demeures appartenant autrefois aux familles de propriétaires terriens, dont beaucoup furent incendiées au début des années 1920 durant une période particulièrement mouvementée de l’histoire irlandaise. Certaines ne sont aujourd’hui plus que des carcasses de pierre envahies par la végétation, mais leur architecture laisse encore imaginer leur ancienne grandeur. À cela s’ajoutent de nombreux édifices religieux : églises, abbayes, couvents et cimetières anciens. Certains remontent à plusieurs siècles et donnent parfois davantage l’impression d’explorer des vestiges historiques que de pratiquer véritablement l’urbex. Châteaux et grandes demeures complètent encore cette étonnante diversité. Mais l’Irlande ne se résume vraiment pas à ses lieux abandonnés. Les paysages ont été parmi les plus beaux que j’ai pu traverser et les villes possèdent une ambiance qui leur est propre. Galway reste notamment un excellent souvenir, avec ses rues animées, sa musique omniprésente et ses pubs où la Guinness semble naturellement faire partie du décor. C’est finalement l’ensemble du voyage qui m’a marqué : l’urbex, l’histoire, les paysages et cette atmosphère irlandaise qui donne envie de reprendre la route dès le lendemain.





09
Pologne
À venir…
